21.12.2009

Sonnet à ses yeux

Ô poètes, parangons du camarade Aragon,
Dîtes au vieux Louis qu'il descende de son dada
Les yeux de mon amour ont détrôné ceux d'Elsa
Et susurrent à mon coeur ce bouquet d'impressions

Lueur cristalline, écrin opalin où l'on
Devine que la lune pâlit en s'y mirant, parfois,
Joyau qui, humide, ajoute par la grâce de l'émoi,
A la beauté du visage la charmante émotion

Lors, si ces beaux miroirs aux reflets bleus azur
Vous enchantent, détrompez-vous car je le jure,
Ce sont des mouroirs pour mes feux qui déchantent

Je parjure son regard par cette complainte,
Et par absence d'amour, et par absence d'étreinte,
Transforme ce transport en une voix sycophante

 

 

04.12.2009

Ritournelle providentielle

 

Lorsque Pâris, bel Aramis, quitta Iule pour Sparte,

Son père le roi, depuis sa Troie, ne put empêcher qu'il ne parte

La belle Hélène, reine achéenne, suivit le prince apparu

Et le chéri, bel insoumis, périt comme un dauphin déchu


Dans ce mythe, ô Aphrodite, le monde hellène vous livrâtes,

En lui offrant, la pomme aidant, une issue bien scélérate

Le jeune amant, tout en mourant, se rappela du Mont Ida

Et fredonnait, prédestiné, ce qu'Eros en Mars lui souffla


Je suis piégé, tu es sirène

Je suis loi et... tu es noumène


C'est la valse des sentiments, des amoureux, des firmaments,

Le destin seul a la recette, qu'il distille par petites pincettes

Lors quand elle vous fait un sourire, répondez-y plutôt mourir

Ou vous reprendrez après elle la ritournelle providentielle


Je suis aimé, tu es ma chaîne

Je suis joie et...  tu es ma peine



Lorsque Jésus, bel inconnu, daigna descendre sur la terre,

Son père le Dieu, depuis les cieux, constata le pêché de chair

Marie Madeleine, magdaléenne, consomma le fruit défendu

Et le messie, bel abruti, n'en est toujours pas revenu


Dans vos savates, ô Ponce Pilate, le juif errant vous livriez

En vous lavant, en savonnant, vos petites mains du procès

Le nazaréen, roi divin, se souvint du félon Judas

Et expira, bien sur sa croix, ses coquins transports d'autrefois


Je suis Yavhé, tu es chrétienne

Je suis foi et... tu es malsaine


C'est la valse des sentiments, des amoureux, des firmaments,

Le destin seul a la recette, qu'il distille par petites pincettes

Lors quand elle vous fait un sourire, répondez-y plutôt mourir

Ou vous reprendrez après elle la ritournelle providentielle


Je suis aimé, tu es ma chaîne

Je suis joie et...  tu es ma peine


Lorsque Louis, bel asservi, devint du sceptre le manche

Son père au môme, depuis son trône, se mit à prier le dimanche

La dernière reine, belle autrichienne, s'étreignit au petit Trianon

Et le souverain, bel arlequin, en perdit la tête pour de bon


Dans vos sermons, ô rois bourbons, le règne des femmes vous excluiez

En obligeant, par vos serments, les fils ainés à gouverner

Cette loi salique, en bon sadique, Louis ne l'oublia pas,

Et prit de haut, sur l'échafaud, les deux petits vers que voilà


Je suis valet, tu es ma reine

Je suis roi et... tu es Varennes


C'est la valse des sentiments, des amoureux, des firmaments,

Le destin seul a la recette, qu'il distille par petites pincettes

Lors quand elle vous fait un sourire, répondez-y plutôt mourir

Ou vous reprendrez après elle la ritournelle providentielle


Je suis aimé , tu es ma chaîne

Je suis joie et...  tu es ma peine

 

20.11.2009

Belzébuth et Golgotha

J’ai jamais aimé les églises. Trop froides. Trop massives. Trop prétentieuses aussi. « C’est pas possible que les hommes aient construits de tels édifices tout en ayant de si petites pensées » que je me disais, soupçonneux, pour soutenir mon impression. Alors quand je m’y suis rendu, à l’office, j’étais méfiant. Sur mes gardes. Tant de tableaux et de statues, c’est pour amuser la galerie. Faire diversion. J’en étais persuadé. La galerie, justement, elle avait pas trop l’air de s’amuser, ce dimanche là. Les yeux grands ouverts et les regards inquiets s’abattaient sur le prêtre, qui prêchait la bonne parole d’un ton incertain et angélique à la fois. Elles leur ramonaient tellement le ciboulot, les questions, qu’ils s’en étaient endimanchées, et comme des manches en plus, et ne toléreraient pas d’approximations. Fallait des réponses. Et des certaines. Et pour toujours encore.

Les fidèles avaient construit ce bâtiment pour réclamer un peu de doctrine. Un petit remède contre la vie, qui n’a pas de sens. Ou si peu. Fallait leur expliquer, leur dire quoi faire, par petite piqures hebdomadaires. C’était un refuge, en somme. Pendant que l’ecclésiastique révisait ses gammes, je voyais la lumière des vitraux pénétrer l’air, et ses couleurs bariolées venaient se répandre sur les crânes de l’assistance. Elle chantait, l’assistance, pour venir remplir un peu les larges espaces vides qui trônait au dessus de leurs têtes et mêler le son aux rayons de lumière émanant des fenêtres, mosaïques de verre piteusement ornementales. La nature, même divine, a décidément horreur du vide. Moi, c’est de l’hostie que j’avais horreur, fade et sans gout. Ca ne m’étonnait même pas d’ailleurs, qu’il était ainsi l’anneau de Dieu. C’était d’une logique implacable. Ce qui m’étonna, par contre, ce fut l’attitude du Christ sur sa croix, derrière l’autel. Il avait la tête baissée, il semblait lui-même comme plus habité par la Grâce. On aurait dit qu’il ne voulait pas les voir ses fidèles, eux qui le scrutaient pourtant avec les yeux de Chimène. Alors j’eus un doute. Ou plutôt une révélation. Peut-être n’avait-il simplement pas de réponse, lui non plus. Il bluffait en quelque sorte.

Sur de mon fait, il fallait que je brise le silence. Que je vérifie que ma pensée était fondée. Alors que je venais de regagner ma place, j’en référai donc à mon voisin : « Dis, le Christ, tu crois qu’il y croyait encore sur la croix à son bobard ? ». Le jeu de mot ne parut pas plaire à mon interlocuteur. « Faut pas dire des choses comme ça, il s’est sacrifié pour nous sauver » me répondit-il d’une voie cordiale et protectrice. Non satisfait par cette réponse, je me sentis pousser des ailes. Fallait que ça sorte. C’était surement ma phobie des lieux qui me reprenait : « Mais je lui ai jamais demandé de me sauver moi, au Christ ! J’ai pas peur de crever, moi ! Au contraire, si la vie était éternelle, ça serait moins marrant. Moins intense. Elle aurait le gout d’hostie, la vie. D’ailleurs, le seul truc frustrant, dans la mort, c’est que les autres continuent à vivre. La peur de la mort, c’est rien que de la jalousie. Et je vais te la dire, moi, la vérité. Et toute nue. Sans précaution. Si j’y avais été moi, au Golgotha, je lui aurai dit tout net à Jésus : « Tu te croyais  intéressant, hein, avec tes distributions de pain, tes miracles et tes sornettes, et tes aphorismes à l’emporte pièce encore, que j’aurai commencé pour lui clouer le bec, puisque c’était la seule partie de son corps qui ne l’était pas encore. Tu croyais que t’allais venir, comme ça, nous endormir avec tes discours, mais faut que tu saches, mon vieux, ici c’est la terre. En dessous de toi, c’est le peuple, et lui, il t’en veut de l’avoir guéri. Il en veut pas de tes oignions, il s’en fout de ta réclame, il est jaloux, et bas, et il te livrera à chaque fois que tu lui montreras qu’il est bon à rien. C’est vrai, après tout, pourquoi nous on ne marcherait pas sur l’eau ? Hein ? Pourquoi nous on ne pourrait pas changer l’eau en vin ? Ce serait commode, ça, changer l’eau en vin ! Ca libérerait beaucoup de pauvres esprits des inhibitions que tu as fourrées dans leurs crânes ! Mais toi tu viens, ici bas, et tu nous dis ce qu’on doit faire ! Sans te présenter ! Sans dire bonjour encore ! Alors voilà ce qu’il t’arrive. Faut pas s’étonner. C’est régulier ! » »

Je crus qu’il allait s’évanouir tellement son visage devint livide. Il n’y avait jamais pensé. Je compris que pour lui, la religion, c’était juste la garantie que le monde avait un ordre, que les choses qu’il voyait n’étaient pas décidées de manière arbitraire. Il pouvait, chaque matin, mettre une réponse sur chaque question, et ça lui suffisait à porter le lourd fardeau existentiel dont il se serait bien passé. Egalement conforté par mon pamphlet dans son idée, il fit néanmoins une nouvelle tentative d’explication pédagogique de théologie. Il me récitait son catéchisme, en somme : « Etre chrétien, c’est croire à la résurrection du Christ. Les écritures révélées ont relaté cet épisode, ce qui prouve qu’il y a une vie après la mort ». Je surenchéris tout de go : « Justement, moi, les livres, quand ils sont révélés, j’y crois pas. Parole d’écrivain. Et je vais même aller plus loin. Continuer sur ma lancée. Je vais te dire ce qu’ils se sont dit, Dieu et son fils, pendant l’entre acte. Et dans le verbatim. Je suis pas dupe. Il a du lui en passer un, de savon, à son fils, quand il est remonté. Le fils, il a du se plaindre : « Où que c’est que tu m’as fait aller ? qu’il a du lui demander Jésus à son père. On choisit pas son peuple, qu’il lui aura répondu Dieu. Fils à papa ! Si les deux premiers ont baisé, j’y peux rien moi ! Fallait bien que je les punisse ! C’est moi l’autorité, merde ! Du passé, j’ai fait table rase (cocasse, dans la bouche de Dieu). Mais toi, pourquoi que t’es allé leur dire que t’allais revenir ? Ils t’ont cloué sur quatre planches entre deux voleurs ! T’es vraiment pas digne d’être un Dieu. Ou même son rejeton ! Qu’est qu’on fait alors, maintenant ? qu’il demandera le premier, pour faire avancer la conversation. Faut vraiment que j’y retourne ? Je peux pas rester ici, bien au chaud, avec toi ? Non, on va devoir créer une nouvelle religion pour doubler les juifs. Nous, notre credo, c’est que tu seras ressuscité d’entre les morts. Mon avis, c’est que tu devrais y retourner tout de suite. Sans plus attendre. Et en quatrième vitesse. Ils doivent déjà être en train de se référer à toi, de se créer une autorité, des costumes, des médailles et des titres, bien ronflants…Il y aura une bataille de succession, c’est sur. Je les connais, quand même, les hommes, c’est moi qui les ai faits ! qu’il lui aura dit avec un sourire narquois. Au moins, tu auras tenu parole. Ils pourront dire que t’es revenu. Les juifs, tu verras, même quand ils se feront exterminer, jamais leur Dieu ne leur enverra de prophète ».

Mon partenaire avait troqué sa pédagogique pour un ton nettement plus défensif. Il se mettait lui aussi à parler en sentences. C’est un vice ! « Vous n’êtes qu’un petit esprit vil et immoral. D’une bassesse mon ami ! Vous préféreriez donc qu’on détruise les temples, comme chez les collectivistes, Staline ou Hitler ? Vous n’êtes qu’un communiste ! ou pis, un anarchiste ! ». A sa grande surprise, je lui donnais raison : « Tout à fait ! Bien dit ! C’est ça ! Exactement ! Je suis sans foi ni loi ! Ni Dieu ni maître ! Comme Jésus en son temps, où le supplice de la croix était réservé aux ennemis de l’Etat. C’était suprême. Spartacus a eu cet honneur, lui aussi. Mais je suis pas communiste, ça non ! Au contraire de Staline, j’accorde à Dieu le bénéfice du doute. La révolution, comme espérance, j’y ai jamais cru ! Trop humaine ! C’est pour les égoïstes ! Ca consiste à faire un tour sur soi-même ! C’est très auto centré finalement ! La révolution, c’est comme être sur un manège. On fait un petit tour, tout rond, au moins on peut toujours imaginer ce sur quoi on va arriver, sans trop savoir, et puis finalement, ça s’arrête jamais. On est là, installés sur des chevaux de fortune, avec un tank derrière nous, réconforté par l’idée structurellement fausse d’être en mouvement ! Chacun sa place ! Comme avant en vérité ! On a l’impression d’avancer mais le seul qui voit tout, et qui sait tout, c’est celui qui est dans la cabine de pilotage. C’est un leurre, finalement ! En un mot, un manège désenchanté ».

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